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Georges Le Guelte : Les armes nucléaires Version imprimable Suggérer par mail
 
Préface
 
Voici un livre essentiel. Je crains que sa nature et son volume ne lui assure pas les millions de lecteurs que son sujet et sa thèse mériteraient. Mais il reste que de toutes façons ces choses doivent être dites, qu'en matière d'armements nucléaires il est encore plus important que partout ailleurs que la démocratie joue pleinement son rôle, et que sur ce sujet elle en est fort incapable par manque absolu d'information.

Vous tenez donc entre les mains une histoire politique et institutionnelle des arsenaux nucléaires. Ils existent depuis plus d'un demi-siècle. Ce livre est la première histoire qui en ait été écrite en France. Elle est incomplète bien sûr, centrée sur les Deux Grands, la France et l'Angleterre sont traitées rapidement, et la Chine à peine évoquée : ce sont les Deux Grands qui sont au cœur de cette histoire. Pour les Etats-Unis les sources de Georges Le Guelte sont largement officielles, pour l'Union Soviétique puis la Russie, les documents sont plus rares, car la langue constitue un premier obstacle, et les archives sur ce sujet, ouvertes pendant quelque temps après la fin de la guerre froide, sont vite redevenues inaccessibles.
Notre auteur est en quelque sorte un diplomate nucléaire, longtemps chargé de ces questions à la Direction des Relations Internationale du Commissariat à l'Energie Atomique et pendant 4 ans Secrétaire du Conseil des Gouverneurs de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique de Vienne. Il était donc fort bien placé pour défricher ce redoutable sujet.
Depuis fort longtemps, l'humanité s'essaye à penser l'art de la guerre avec les outils de la raison. Sun Tzu, le grand auteur chinois, a écrit son inoubliable « Art de la guerre » voici quelques 2.500 ans. Guibert pour la France, Clauzewitz pour l'Allemagne, ont écrit aux 18ème et 19ème siècles : l'effort de raisonner la guerre n'a rien de contemporain.

Avec l'apparition de l'armement nucléaire, l'effort s'intensifie. Les conditions d'emploi éventuel de ces armes, la maîtrise des situations politiques et stratégiques qui l'appelleraient, le contrôle des situations éventuellement créées par leur usage ont fait l'objet de considérables études. Les mathématiques, la recherche opérationnelle et la philosophie furent appelées à compléter la géopolitique et la stratégie pour ces travaux. En France tout particulièrement, la dissuasion du faible au fort fut méticuleusement analysée, et encadrée dans une rationalité précise et convaincante. Il faut citer les Généraux Gallois et Poirier mais ils ne sont de loin pas seuls. De ce fait, l'impression se répandit que plus que tous autres ce domaine était régi de manière exigeante par la raison. Et en plus, cela a marché : nous sommes sortis de la guerre froide sans guerre chaude, ce qui est un immense succès de l'intelligence humaine au regard de l'histoire. Donc il devrait être vrai que la raison a conduit des deux côtés le pilotage de l'aventure nucléaire militaire et notamment la fourniture de son matériel.

Ce livre est la démonstration éclatante du contraire. On aurait pu penser que la nature et le nombre des armes et de leurs vecteurs auraient été calculés, tout au long du demi-siècle en cause, en fonction de l'arsenal de l'autre, des possibilités de contre mesures et de l'intention stratégique : intimider, paralyser partiellement ou totalement, détruire, partiellement ou totalement... Eh bien non. Vous allez découvrir une histoire différente.
Une date charnière dans cette histoire a été 1957, et la mise en orbite par les Soviétiques de Spoutnik, le premier satellite artificiel de l'histoire. Les Américains sont apeurés et catastrophés. Sur le plan militaire, Spoutnik signifie que l'URSS sait fabriquer des vecteurs de longue portée, et pour la première fois, le territoire des Etats-Unis ne sera plus invulnérable. Pour l'opinion publique, Spoutnik veut dire que les Soviétiques ont dépassé les Américains dans le secteur aérospatial, où ils pensaient être pour toujours les meilleurs. Sur le plan politique, est-ce que cela signifie que le communisme est plus efficace que le capitalisme ? C'est au moins la façon dont le lancement de Spoutnik risque d'être traduit par les pays, surtout dans le Tiers Monde, qui hésitent entre les deux systèmes.
Eisenhower lance alors la construction de missiles intercontinentaux et prend d'autres mesures pour assurer la sécurité des Etats-Unis. Les constructeurs américains en profitent pour proposer des missiles de portée intermédiaire, en affirmant qu'ils seront disponibles avant les engins intercontinentaux. Grâce à un lobbying acharné, ils font avaliser leur idée. En réalité, leurs missiles ne sont pas disponibles avant les engins intercontinentaux, et ils sont inutiles, puisque leur portée ne leur permet pas d'atteindre l'URSS. La diplomatie américaine se met alors au service des industriels pour proposer ces missiles (Jupiter et Thor) aux Européens, qui n'en veulent pas. Elle finit pas les imposer à la Grande-Bretagne, à l'Italie et à la Turquie. Les Soviétiques s'alarment de voir arriver des engins qui pourraient atteindre leur territoire en quelques minutes, et l'une des raisons pour lesquelles ils installent des SS-4 à Cuba en 1962 est leur volonté de rétablir l'équilibre. C'est d'ailleurs ce que dira MacNamara. La crise des fusées de Cuba, l'une des plus graves que le monde ait connues depuis 1945, et qui aurait pu avoir des conséquences irréversibles, a ainsi pour origine la pression commerciale que les constructeurs de Thor et de Jupiter ont exercée sur l'Administration Eisenhower, sur le Congrès et sur le Pentagone.

Dans les mois qui suivent, Khrouchtchev continue ses rodomontades (les missiles sortent des usines comme des saucisses, dit-il devant l'Assemblée Générale de l'ONU), relayé par les services de propagande soviétiques. Aux Etats-Unis, tous ceux qui font commerce de la peur sont trop contents de les prendre au sérieux, et ils dénoncent l'existence d'un « missile gap » au détriment des Etats-Unis. C'est un des points majeurs de la campagne électorale de 1960 et, dès son arrivée à la Maison Blanche, Kennedy annonce que les Etats-Unis vont construire 600 missiles sol-sol Minuteman et 25 sous-marins. Ce sont des chiffres énormes, puisqu'à l'époque, les Américains n'ont en tout et pour tout qu'environ 80 missiles.
Quelques mois plus tard, en septembre, les Américains acquièrent la certitude qu'il existe bien un énorme « missile gap », mais il est à leur avantage. La peur éprouvée par la population américaine n'était pas justifiée, il n'y a aucun besoin de 600 missiles Minuteman et de 25 sous-marins pour se protéger du danger soviétique. Malgré cela, en décembre, MacNamara annonce la construction non pas de 600, mais de 1000 Minuteman, et de 41 sous-marins au lieu de 25. Cette décision se situe après Cuba, c'est-à-dire après que les Etats-Unis aient pu constater qu'ils avaient déjà tous les moyens nécessaires pour dissuader l'URSS. La construction d'un énorme arsenal n'a pas pour but de faire face à la menace soviétique, mais de rassurer l'opinion américaine et de lui rendre confiance dans son pays. Les Etats-Unis sont les plus forts, et malgré Spoutnik, les Soviétiques n'ont aucune chance de les concurrencer.

Pourtant, dès qu'il arrive au pouvoir, Brejnev accepte que l'objectif de l'URSS soit d'atteindre la parité avec l'arsenal américain. A partir de cette date, les deux pays admettent que le nombre de missiles et d'ogives représente l'instrument de mesure de leur puissance et de la valeur de leur régime politique.
Les Soviétiques atteindront leur but au début des années 1970, et depuis, aucun des deux pays n'a voulu céder le pas à l'autre. Dans SALT I, SALT II, START I, START II, et dans le traité signé en mai 2002, leur préoccupation essentielle est qu'aucun des deux Etats n'ait plus de missiles ou d'ogives que l'autre. Cette obsession de la parité avec l'arsenal américain a été un des facteurs les plus importants de l'effondrement du régime communiste. Pourtant elle subsiste aujourd'hui : les Russes considèrent toujours que l'égalité des arsenaux montre qu'ils sont restés une superpuissance, sur un pied d'égalité avec les Etats-Unis. Pour les Américains, il n'est pas question que le vainqueur de la guerre froide ait moins d'armes que le vaincu, même si les militaires assurent que certaines d'entre elles ne sont plus utiles.

A la fin des années 1960, les deux gouvernements conviennent de négocier un arrêt de la course aux armements. A la même date, les industriels américains mettent au point les « missiles à ogives multiples indépendantes », ou MIRV, qui permettent à chaque missile d'emporter entre 4 et 14 petites fusées qui se dirigeront vers autant d'objectifs différents. Au lieu de pouvoir détruire une seule ville, chaque missile peut ainsi en anéantir une dizaine. Au début, les militaires sont réticents, mais une nouvelle campagne de promotion les persuade que c'est le meilleur moyen de contourner les limitations que les politiques veulent imposer à l'augmentation du nombre des armes.
De cette façon, en 1972, la main gauche de l'Administration américaine, celle d'une politique raisonnable, signe l'accord SALT I qui définit un plafond que les deux arsenaux ne doivent pas dépasser. La main droite, qui ne peut pas résister au lobby militaro-industriel, autorise la mise en service des MIRV, qui va exactement dans le sens opposé. Les Soviétiques suivent la même voie quelques années plus tard. De sorte qu'en 1980, après vingt ans de « détente », aucun des deux pays n'a pris l'avantage sur l'autre, et les deux arsenaux sont toujours à égalité. Mais chacun possède cent fois plus d'engins explosifs qu'au moment de la crise de Cuba où les deux pays étaient sur le point de se faire la guerre. Simplement, en 1962, chacun ne pouvait infliger à l'autre que des dommages irréparables. En 1980, ils sont capables d'anéantir plusieurs fois la planète.

Depuis les années 1950, les Soviétiques d'abord, puis les Américains, ont pensé que le moyen de se débarrasser de la menace des armes nucléaires serait de construire un système capable de détruire les missiles avant qu'il atteignent leur cible. Mais les chercheurs ne parviennent pas à mettre au point un dispositif efficace. En 1972, les deux superpuissances signent un traité qui prend acte de cet échec.
Le projet renaît pourtant de façon spectaculaire sous le mandat de Ronald Reagan, avec l'Initiative de Défense Stratégique, qui a l'inconvénient de ne pas se plier aux lois de la physique. Mis aux oubliettes pour cette raison, il ne disparaît pas, même avec la fin de la guerre froide. Les Américains le reprennent dans les années 1990 pour se défendre contre les « rogue States » et leurs « armes de destruction massive ». Devenu l'une des priorités de George W. Bush, malgré la poursuite des échecs techniques, c'est l'une des principales sources de tension avec la Russie. Son utilité pour défendre l'Europe contre l'Ian ne convainc pas tous les Américains, puisque l'ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, Zbigniew Brzezinski en disait récemment : « c'est un système qui ne fonctionne pas encore, contre une menace qui n'existe pas encore, pour défendre des gens qui n'ont rien demandé ».

On pourrait multiplier les exemples de ce décalage entre la réalité et le discours officiel. Le plus important concerne évidemment la dissuasion nucléaire présentée, particulièrement en France, comme le moyen infaillible d'éviter les guerres sans avoir à prendre aucun risque. Il est vrai qu'aucun décideur raisonnable ne peut déclencher un conflit qui conduirait à la destruction de son pays et à sa propre disparition. Mais il n'est pas vrai que la dissuasion soit un remède infaillible. Même si tous les chefs d'Etat agissaient toujours de façon parfaitement rationnelle, les exemples ont été nombreux, pendant la guerre froide, où une méprise, la défaillance d'un équipement, ou un accident matériel ont bien failli avoir des conséquences irréversibles. L'un des plus graves est survenu en 1983, où un officier soviétique a vu à trois reprises sur son écran de contrôle le lancement de missiles américains. IL aurait dû donner l'alerte, et la riposte aurait été immédiate. Heureusement, le colonel Stanislav Petrov a eu le sang-froid de penser qu'une attaque surprise américaine impliquerait un grand nombre de missiles et pas seulement les cinq qu'il pouvait voir. L'incident était effectivement dû à une défaillance du système de détection soviétique, et en récompense pour avoir sauvé la vie de ses concitoyens, le colonel Petrov a dû prendre une retraite anticipée.
Tous les gouvernements ont toujours eu la hantise d'une attaque préventive, et le rôle des états-majors est de se préparer à cette éventualité. Tous les chefs d'Etat, dans les pays possesseurs d'armes, sont informés, dès leur entrée en fonctions, des procédures qu'ils auraient à suivre en cas de conflit nucléaire. C'est Ronald Reagan qui a le mieux traduit ses réactions après cette expérience. « Vous êtes informé que les missiles soviétiques ont été lancés. Et vous êtes assis là, sachant qu'il n'y a maintenant aucun moyen de les arrêter ...et vous n'avez pas d'autre réponse possible que d'appuyer sur le bouton avant qu'ils arrivent, pour que les Soviétiques meurent aussi, pendant que nous, Américains sommes tous condamnés à mourir ».


Dans cette longue histoire, ce ne sont pas toujours les politiques qui furent les plus déraisonnables. Les limitations d'arsenaux, les réductions de volumes, les dénucléarisations de certains espaces (Amérique Latine, Afrique, Pacifique Sud, fonds sous-marins, espace extra-atmosphérique), l'arrêt des essais, l'ouverture de négociations visant à interdire la fabrication de matières radioactives à usage militaire, tout cela fut plutôt des idées de politiques qu'il a fallu imposer à des industriels et à des généraux réticents...
Les responsables politiques se sont surtout efforcés au moins de réduire les risques. Dès 1958, l'Irlande dépose à l'ONU un projet de traité pour interdire l'acquisition d'armes par les pays qui n'en possèdent pas. Cette initiative est relayée par un discours resté célèbre de Kennedy en 1963 « Nous sommes actuellement quatre puissances détentrices de l'arme nucléaire. Si nous ne faisons rien, nous serons vingt ou vingt-cinq dans 20 ans ». C'est après sa mort en novembre 1966 l'idée est reprise, et les négociations du Traité de Non Prolifération nucléaire dit TNP sont réellement lancées. Dans l'intervalle, l'explosion de la première bombe chinoise en 1964 alerte fortement les Etats-Unis et l'Union Soviétique, car elle leur fait prendre conscience de ce qu'ils ne seraient sans doute pas sortis si bien de la crise des fusées de Cuba si les SS-4 au lieu de rester à la disposition de Khrouchtchev étaient passés sous le commandement de Fidel Castro, et si les Jupiter étaient devenus propriété turque. La négociation fut menée tambour battant à Genève, et le Traité mis à la signature le 1er juillet 1968. Les 40 signatures nécessaires à son entrée en vigueur sont atteintes le 05 mars 1970. La France et la Chine refusent toutes deux de signer, elles ne le feront qu'en 1992. Petit à petit la plupart des Etats membres des Nations-Unies le signent. Font toujours exception aujourd'hui l'Inde, Israël et le Pakistan.

Ce Traité ne concerne en rien la quantité d'armes détenues par chacune des cinq nations reconnues détentrices d'armes pour avoir pratiqué leur premier essai avant 1967 : les Etats-Unis, l'Union Soviétique devenue la Russie, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Mais il tente d'empêcher tous les autres pays d'y accéder. Contrairement au pronostic contenu dans la phrase de John Kennedy citée plus haut, seul Israël puis l'Inde et le Pakistan, réussiront à se doter d'armes nucléaires, malgré les mesures protectrices ou interdictrices du Traité. C'est en fait un grand succès. Il est largement dû à l'intelligence de la stratégie mise en œuvre. A tout pays qui le signe et accepte les inspections de ses installations nucléaires civiles demandées par l'Agence Internationale de l'Energie Atomique (sise à Vienne et chargée des vérifications nécessaires à l'application du Traité), le Traité offre l'aide technique et financière internationale pour construire chez lui les équipements nécessaires à la production d'électricité nucléaire. Ce succès dans la limitation de la prolifération explique pourquoi presque tous les Etats l'ont rejoint, y compris la France et la Chine, et pourquoi il fut en 1995 renouvelé sans limitation de durée et à l'unanimité de ses signataires.

Malheureusement la déraison semble avoir de nouveau saisi les dirigeants des grandes puissances. En dépit de l'article 6 du Traité de Non Prolifération qui comporte un engagement formel de rechercher par la négociation le désarmement nucléaire et le désarmement complet, aucun des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité n'a manifesté la moindre intention de respecter cet engagement. Chacun a plus ou moins explicitement confirmé que l'armement nucléaire restait la clé de sa sécurité, bien que la guerre froide ait pris fin et qu'il n'existe plus d'antagonisme absolu entre puissances majeures sur les formes de l'organisation sociale. De fait, c'est même avant le renouvellement unanime du TNP en 1995 que la méfiance avait repris toute sa place dans les relations internationales et que la course aux armements, d'abord nucléaires, avait été ré-ouverte.
C'est en effet en 1990 que le Pacte de Varsovie a été dissout, et la question aurait très bien pu être posée de supprimer le Pacte Atlantique, puisqu'avait disparu la menace à laquelle il entendait s'opposer. La réponse américaine à cette situation fut le contraire : la Russie restant un objet de méfiance les Etats-Unis maintiennent l'OTAN en vie, décident de lui donner une nature un peu moins exclusivement stratégique et donc un peu plus politique, et décident surtout d'ouvrir la possibilité de l'adhésion à toutes les Républiques issues de la domination soviétique, ce que la Russie considère comme un acte d'hostilité. Les européens membres de l'OTAN, ont laissé faire sans même poser de questions. Vers 1993 ou 1994, le vieux diplomate américain George Kennan -l'un des grands organisateurs des équilibres diplomatiques de la guerre froide- alors âgé de plus de 85 ans, sortit d'une longue retraite silencieuse pour écrire dans la presse que l'occident venait à ses yeux de commettre sa plus grave erreur diplomatique depuis un demi-siècle.

Que l'OTAN soit désormais complétée de quelques Etats membres de plus, dont quelques voisins de la Russie (Hongrie, Pologne et République Tchèque adhèrent en avril 1999, puis, en juin 2004 Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie) ne change pas grand-chose à l'équilibre géostratégique international. En revanche, que la nouvelle Russie « décommunisée », humiliée de ne pas voir reconnue sa place parmi les démocraties, n'ait eu de cesse, après avoir remis brutalement de l'ordre chez elle, que de redresser son appareil militaire et d'entreprendre une vigoureuse politique de réarmement, voilà qui ouvre une nouvelle période dangereuse. La méfiance inspire le rejet, puis la haine, et fonde l'argumentation qui va justifier la multiplication des armes. C'est ainsi que le monde est reparti pour un tour. Il y a toujours en service, au moment où sort ce livre, au moins autant d'armes déployées qu'il y en avait en 1972, à un moment où on ne pouvait imaginer l'effondrement du communisme et le disparition de l'antagonisme entre les deux formes d'organisation de la société.

De plus, et surtout après l'arrivée à la Maison Blanche de George W. Bush et des néo-conservateurs qui l'entouraient, les diplomaties américaine et russe ont multiplié depuis quelques années les mises en cause de la diplomatie nucléaire internationale suivie jusqu'alors (Traité ABM, démilitarisation de l'espace). Dans ce contexte c'est le TNP lui-même dont l'application est aujourd'hui en grand danger.
Le nombre d'Etats manifestement désireux d'arriver à se doter d'une capacité nucléaire même minimale demeure faible, mais il n'est pas nul. Le cas de la Libye semble réglé positivement. Ceux de la Corée du Nord et de l'Iran sont une des préoccupations majeures actuelles de la communauté internationale. Des soupçons pèsent sur la Syrie. Et surtout le Pakistan vit une crise interne telle que ses installations militaires peuvent tomber sous le contrôle de forces religieuses fanatiques.

Dans de telles conditions, il est logique et légitime que la lutte contre la prolifération soit devenue une préoccupation internationale de premier plan. Mais qu'il s'agisse de contrôler toutes les installations nucléaires existantes, qu'il s'agisse, à la face du monde, d'interdire tout transport d'objets ou de matières liés à l'usage explosif de la radioactivité ou de contrôler rigoureusement toute manutention et tout commerce de choses de ce genre, il est clair qu'une lutte efficace contre la prolifération ne peut être que mondiale.
C'est d'abord vrai des systèmes de contrôle et de vérification nécessaires. Il y faut la coopération du plus grand nombre possible de nations, ce à quoi l'engagement formel du Conseil de Sécurité peut aider. Mais c'est plus vrai encore de l'attitude à avoir devant les proliférants. Toute sanction, a fortiori toute frappe, mise en œuvre par une puissance détentrice officielle de l'arme nucléaire à l'encontre d'un état ou d'un groupe d'hommes suspecté de se l'être appropriée ou de chercher à le faire, risque d'être contestée, considérée comme élément d'un règlement de comptes politique. Une telle dispute ouvrirait la voie à un conflit encore plus large et serait en tous cas très préjudiciable à l'effet de la sanction.
La clé de la lutte contre la prolifération est de toute évidence la légitimité internationale au nom de laquelle elle est poursuivie. Sans l'aval du Conseil de Sécurité, il n'est pas de système de contrôle possible, et toute pression contre une entité proliférante sera un acte de conflit et non une sanction légitime.

La recherche d'une solution aux deux crises actuellement les plus graves, la Corée du Nord et l'Iran, passe par un rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie. Il exige l'abandon ou au moins le report du projet américain de défense anti-missiles, et l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN. Au-delà de ces deux crises, le renforcement du régime de non-prolifération exige que les cinq Etats dotés d'armes respectent leur engagements et commencent les opérations d'élimination de leurs arsenaux.
Pour y parvenir, les politiques se trouvent confrontés à l'opposition du complexe militaro-industriel, dont les méthodes ont été récemment dénoncées par le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates. Elles consistent à diviser la fabrication d'un engin en un grand nombre d'opérations, réalisées dans différents Etats du pays. Pour faire adopter leur produit, ou empêcher qu'ils soit éliminé, les industriels envoient à chaque membre du Congrès un dossier qui détaille le montant des taxes, ou le nombre des emplois, qui seront gagnés ou perdus dans sa circonscription selon que l'appareil sera construit ou non. Le secrétaire à la Défense constatait que, grâce à cette technique, le F-22, fabriqué dans 48 Etats, est soutenu par 96 sénateurs, alors que c'est un appareil conçu dans les années 1980 pour triompher des avions soviétiques, et qui n'a plus aucune utilité.
Le discours de Robert Gates pose la question de savoir si, dans un régime démocratique, les membres du Parlement ont uniquement la tâche de défendre les intérêts matériels des électeurs de leur circonscription, ou s'ils doivent avoir le souci de l'intérêt général du pays. Mais plus largement, il soulève la question de la responsabilité des politiques dans les abus de confiance commis par l'appareil de propagande des Etats. Il est évident que les politiques ne peuvent pas être naïfs, la vie internationale est faite de conflits, au milieu desquels leur premier devoir est d'assurer la sécurité de leur population. Mais leur mission est de maintenir une position raisonnable entre une conception angélique des rapports entre Etats et une vision d'un monde peuplé d'ennemis combattants, et de représentants du Mal, qu'il faut exterminer jusqu'à ce qu'il ne reste plus que « deux Américains et un Soviétique ».
Malheureusement, d'autres facteurs renforcent encore l'action de l'industrie d'armement. Condoleezza Rice affirmait, en 2002, que l'objectif des Etats-Unis était de dissuader tout autre Etat de rivaliser un jour avec la puissance des Etats-Unis et de leurs alliés. Elle affirmait ainsi que le rôle des armes nucléaires est surtout de traduire la volonté de domination et de suprématie de son pays. Elle traduit aussi le sentiment d'une assez grande partie de l'opinion américaine, qui ne votera jamais pour un candidat qui n'est pas considéré comme « un dur » sur les questions militaires, une opinion qui veut se sentir supérieure aux autres pays, et ne connaît pas d'autres moyens d'exprimer sa supériorité que de posséder des armes capables d'anéantir en un instant des dizaines de millions d'être humains. Elle exprimait aussi les aspirations d'une partie de la population de l'Inde, du Pakistan, de l'Iran, de la Russie, et de beaucoup d'autres pays.
Aujourd'hui, les armes nucléaires ne sont un moyen de défense contre aucune menace prévisible. Pourtant les cinq Etats qui en sont dotés se préparent à les conserver pour une période indéfinie, c'est-à-dire en l'absence même de tout danger susceptible de leur fournir ne serait-ce qu'un semblant de justification. Il n'est pas acceptable que, pour une période indéfinie, l'avenir de l'humanité reste tributaire, à chaque instant, d'une défaillance technique ou d'une erreur humaine, pour satisfaire la vanité ou l'amour-propre d'une partie de la population. Il n'est pas de tâche plus pressante que d'essayer d'empêcher cette évolution contraire à toute espèce de rationalité.
                        Michel ROCARD
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